Appel à communications

Vieillir au pluriel

Vivre et vieillir en 2023, c’est vivre et vieillir dans un monde complexe, interconnecté et dans lequel la place des personnes aînées constitue un défi sociétal, territorial et individuel. La pandémie de COVID-19 a illustré combien, malgré des logiques d’interconnexion globalisée et multiscalaires, le monde contemporain restait marqué par de nombreuses divisions, fractures et tensions dans leur approche du vieillissement et du respect des droits des personnes âgées.

Pourtant dès 2019, l’Organisation des Nations Unies (ONU) rappelait dans « Perspectives de la population mondiale 2019 » que le vieillissement des populations représentait l’une des transformations majeures des sociétés du 21e siècle au côté des changements climatiques et constituait, de ce fait, une priorité politique. Face à ces défis, les sciences humaines et sociales ne cessent de souligner la diversité au cœur même et dans les cadrages du vieillissement. Dans un monde aux échelles multiples et aux contextes et environnements variés et variables, vivre et vieillir au pluriel renvoie aux diverses trajectoires de vie et à l’évolution des espaces et lieux de vie, qu’ils soient sociaux, à l’instar de la famille et du « chez soi », ou physiques, à l’instar de la matérialité du domicile, des quartiers et des villes. Une attention soutenue aux dispositifs et cadrages des politiques publiques municipales, régionales, nationales et internationales reste en ce sens importante.

D’un côté, la pluralité des expériences et trajectoires du vieillir reste à explorer (Lord, Piché, 2018). La recherche sur le vieillissement se penche de plus en plus sur des questions associées à la diversité et à la qualité des expériences de vie, à la satisfaction et au bien-être, en analysant non seulement les interrelations entre les grands déterminants de santé, mais également les différentes conditions de vie matérielles, sociales et culturelles. La présence de différentes inégalités ou iniquités au cœur de ces enjeux doit être examinée en tenant compte des parcours individuels et collectifs observés.

Dans ce contexte, considérer la pluralité des trajectoires d’avancée en âge implique une relecture des enjeux de reconnaissance touchant les personnes aînées ainsi que l’agencement des circonstances et des temps collectifs et personnels par rapport aux liens sociaux et au pouvoir d’agir.

Cela invite à explorer, de manière critique, les effets sur l’individu ou les ressources des politiques publiques quand elles s’adressent au vieillissement à l’instar des « Villes et communautés amies des aînés » (Buffel et al., 2018 ; Moulaert, Garon, 2016) ou soutiennent la quête d’une « société inclusive » (Ngatcha-Ribert et al., 2022). Une attention particulière sera donnée au pouvoir d’agir individuel et collectif des personnes retraitées et aînées dans leur diversité dans la lignée des nombreuses réflexions engagées par le REIACTIS depuis 2007 ; qu’il s’agisse de l’action collective (Viriot-Durandal, 2012 ; Viriot Durandal et al., 2015), ou plus méso et microsociologique (Buffel et al., 2018 ; Ngatcha-Ribert et al., 2022), ou encore dans un ancrage territorial spécifique (Scheider et al., 2017 ; Moulaert et al., 2018).

De l’autre côté, le colloque contribuera à la réflexion sur la diversité des environnements et territoires face au vieillissement. Pour une partie des recherches en Sciences humaines et sociales, la libéralisation des biens et services, l’affaiblissement du pouvoir de régulation de l’État sur les acteurs des champs du vieillissement et de la santé, ou encore plus largement le développement du consumérisme, doivent désormais amener les communautés de recherche, les citoyens et les décideurs publics à reposer la question des communs et du périmètre d’intervention du secteur public ou de groupes autonomes dans la structuration des réponses à la diversité des besoins avec l’avancée en âge. La traduction de ces dynamiques (Davis, 2013 ; Hall, 2017) produirait des effets directs d’optimisation des temps et de maximisation des gains dans les structures de gouvernance privés, mais aussi publiques et au sein des territoires (Chouraqui, 2020).

Que la pluralité concerne les trajectoires individuelles et collectives ou celles des territoires, l’influence des politiques publiques à ces niveaux mérite également d’être prise en compte. Le 7e Colloque international invite à questionner les référentiels de politique publique et notamment les effets de la nouvelle gestion publique (ex. projets « à la carte », « budgets reconductibles », mise en « concurrence » de différents secteurs et acteurs) sur le respect de la pluralité des besoins et attentes des personnes âgées dans des domaines aussi variés que le logement, les services sociaux, la santé ou l’inclusion sociale, économique et citoyenne. Finalement, la pluralité de nos mondes ne se traduit pas uniquement au niveau des trajectoires liées à l’âge ou sur le plan des environnements et territoires ; nous vivons aujourd’hui face à un ensemble de temporalités qui ne cessent de s’entrecroiser pour former un monde qui s’accélère (Rosa, 2010).

Ces contextes et trajectoires de vieillissements pluriels, placés dans des rythmes de vie accélérés et partiellement incertains, impliqueraient-il alors des risques potentiels d’inégalité plus importants face à la vieillesse ?

Ainsi, « Vieillir au pluriel » c’est avancer en âge dans un monde plus incertain, aux rythmes multiples et sous le signe d’un principe d’accélération du temps ; c’est vivre dans des environnements et des territoires qui varient et qui sont variables selon une grande diversité de facteurs et d’échelles ; c’est expérimenter une diversité de formes et de trajectoires individuelles du vieillissement. Face à cette triple forme de pluralité du vieillir, le 7e Colloque international du RÉIACTIS invite les chercheur-e-s en sciences humaines et sociales à présenter leurs travaux sur ces thèmes et à venir discuter de la manière dont leurs méthodologies est impactée par de tels changements. Pour poursuivre le dialogue et les échanges qui animent les travaux du RÉIACTIS depuis plus de 17 ans autour des rapports entre les savoirs académiques et les savoirs d’expérience, le RÉIACTIS convit également les décideurs politiques, les professionnels de l’intervention et les citoyens autour de ces formes plurielles du vieillir. Pour aborder et considérer la pluralité des vieillir, un axe transversal et trois entrées thématiques sont proposées. Les communications et ateliers devront être inscrits dans l’une de ces 4 options. Il est possible de faire 3 propositions de communications au maximum comme premier auteur.

Axe transversal : Composer avec les temps et les changements

Les dernières décennies de recherche sur l’avancement en âge se sont attachées à mettre en lumière les caractéristiques du vieillissement, les effets des contextes et des milieux de vie ainsi que les injonctions l’encadrant, qu’il soit qualifié de « réussi », « en santé », de « productif » ou d’« actif » (Moulaert, Viriot-Durandal, 2013). Or, la littérature scientifique tendrait plutôt à mettre en avant des formes de vieillissements pluriels voire hybridés. Cette diversité concerne les contextes allant beaucoup plus loin que la prise en considération de certaines caractéristiques socio-économiques ou territoriales, elle appelle à des approches, des conceptions et des interventions également plurielles. Certes, les politiques et programmes et autres dispositifs publics, associatifs ou privés ont la possibilité de mettre de l’avant des visions ou conceptions larges des vieillissements. Elles peuvent, par contre, relever aussi d’une prise en compte générique de la « personne aînée ».

Ce sont ainsi à la fois les significations et la difficile opérationnalisation de la société ou de la ville « pour tous » qu’il nous apparaît pertinent de questionner. Qu’en est-il des trajectoires d’avancement en âge qui sortent d’un modèle linéaire du vieillir ou d’un cheminement de vieillissement normé ou avantagé par différentes forces ? 

L’approche par les trajectoires nous permet d’aborder la question selon plusieurs angles, disciplines et échelles (individuelle, sociale, territoriale ou sociétale). Les trajectoires mettent en jeu diverses mobilités, qu’elles soient quotidiennes, résidentielles ou sociales et impliquent des changements psychosociaux et physiques dans l’expérience du vieillir. Si, d’un côté, on observe un pouvoir d’agir des personnes aînées pour y faire face, d’un autre côté, ces mêmes changements peuvent poser des risques d’exclusion, d’isolement social et de dépendance si les personnes vieillissantes ne les maîtrisent pas ou y arrivent partiellement. Le concept de déprise, par exemple, peut aider à mieux saisir ces phases dans l’avancée en âge en interrogeant les parcours des personnes aînées à partir de différentes bifurcations ou transitions (Clément, Montovani, 1999 ; Clément et al., 2018 ; Caradec, 2001, 2004 ; Meidani, Cavalli 2019).

La recherche a été prolifique pour mettre en lumière la complexité de multiples processus au niveau des territoires et des sociétés qui configurent des expériences de non-reconnaissance des personnes aînées (ex. : représentativité civique et spatiale), de privation ou de non recours au droit (ex. : immigrants, groupes démunis, maltraitance), d’isolement social et spatial (ex. : désert alimentaire ou pharmaceutique, dépendance à la voiture) (Bezzirgani, Lachapelle, 2020 ; Pednekar, Peterson, 2018 ; Negron-Poblete, Séguin, 2018) ou encore d’accessibilité aux ressources pour certains profils (ex. handicaps, grand âge).  Par ailleurs, si les changements territoriaux, sociaux et sociétaux, tout comme les trajectoires individuelles, montrent que les inégalités peuvent être durables, elles peuvent aussi être temporaires ou ponctuelles. Par exemple, les personnes aînées peuvent être confrontées à des situations ou environnements incapacitants, mais ne pas être pour autant privées de leur espace d’autodétermination (Fougeyrollas, Boucher, Charrier, 2016).

Que connaît-on de ces processus dynamiques qui mènent la personne aînée vers une situation d’exclusion ou qui la font s’en sortir ? Il semble pertinent, en plus de mieux définir les trajectoires elles-mêmes et leur portée dans un contexte de changement, de distinguer les effets cumulatifs de différentes inégalités et les bifurcations qu’ils peuvent provoquer – ou non – dans un parcours individuel et collectif.

Face à la recomposition des temps, une approche théorique en termes de reconnaissance (Fraser, 2005 ; Honneth, 2005) permet aussi de réfléchir dans une perspective inclusive où les personnes aînées possèdent un statut de partenaire valorisé à part entière dans les interactions sociales, et ce, peu importe les appartenances ou les prescriptions identitaires. La reconnaissance provient des liens affectifs entre les individus et les groupes, des droits à l’intérieur de la sphère sociétale et du caractère solidaire dans le partage et le soutien. 

La prise en compte de trajectoires de personnes aînées projetées dans une société et des territoires en mouvement change-t-elle ces perspectives d’inclusion et de reconnaissance ? 

Nous pensons ici à différentes notions associées à ces perspectives comme le respect des individus et de leurs groupes, la justice sociale et territoriale, la valeur sociale des personnes, l’accès aux territoires et à leurs ressources ou la gratitude envers les personnes peu importe leur situation et position sociale. Au-delà de cet axe transversal, mettant de l’avant les logiques et mécanismes à l’œuvre dans les trajectoires, et pouvant nous permettre d’interroger théories, concepts, méthodes et épistémologies liées aux changements, trois axes thématiques pourront être explorés par les communicants.

Axe thématique 1 : Se situer entre continuité, bifurcation et réversibilité

Plusieurs travaux récents se sont penchés sur la reconnaissance de différents groupes ou profils de personnes aînées. Se limitant souvent à la perspective transversale selon l’âge, peut-être longitudinale dans certains cas, cette recherche met encore peu l’accent sur la notion de trajectoires comme réalité dynamique. Les perspectives qui ne prennent pas en considération les variabilités biographiques tendent à voiler des positionnements sociaux ou des conditions territoriales différentielles. Bien qu’un dicton populaire affirme que l’on vieillit comme on a vécu, la théorie du parcours de vie montre que les trajectoires ne sont pas linéaires, mais bien composées de possibilités de bifurcations et de réversibilités ainsi que d’agencements évolutifs des rôles, statuts ou identités (individuelles et collectives). Cette perspective invite à ouvrir le débat sur les formes d’exclusion que génèrent des sociétés et des territoires en mouvements accélérés et en changements variés.

Pour cet axe 1, nous attendons des contributions sur l’étude des interactions entre les biographies individuelles et des dispositifs d’action publics ou du monde associatif et communautaire qui visent à soutenir l’inclusion sociale des personnes aînées dans des contextes de changements. 

L’idée de revisiter et d’adapter les politiques et les supports selon les contextes évolutifs des territoires apparaît primordiale. Mais en même temps, quels sont les besoins en innovation qui devraient ou pourraient favoriser l’évolution des programmes ou des politiques en place et des façons de faire ? Doit-on repenser les approches aux vieillissements, les méthodes de recherche et d’analyse et les outils d’intervention auprès des personnes et de territoires pour tenir compte des changements et des parcours de vie appelés à bifurquer ? 

À ce titre, certaines trajectoires peuvent mener des personnes aînées en habitat réservé (résidence ou autres formules résidentielles conçues pour le vieillissement), alors qu’elles y arrivent par manque de choix disponibles dans le marché – ce qui peut mener à d’autres déménagements par la suite. D’autres trajectoires peuvent conduire à demeurer à domicile, nonobstant une situation objectivement problématique du point de vue de la sécurité ou de l’autonomie.

Les choix des personnes aînées sont-ils libres et éclairés pour rester ou déménager de leur domicile ? Comment ces choix sont-ils effectués ? Sont-ils respectés ou tente-t-on de les influencer? Quels acteurs peuvent les accompagner dans cette prise de décisions ou dans l’actualisation de ces choix dans un monde d’adaptation rapide, de changements et de pénurie de soutiens, de ressources et de logements ?

De même, nous attendons des propositions de communication qui nous permettront d’interroger la manière dont les individus se sentent « inclus » et « citoyens » de plein droit dans une société aux temporalités courtes et aux actions fragmentées.

Enfin, cet axe peut aussi inviter des propositions à portée plus théorique et générale, par exemple autour d’un questionnement sur la « société liquide » (Beilharz, 2018). Un monde liquide implique en effet une bonne capacité d’adaptation individuelle et collective et non la simple accumulation d’un capital solide (économique, financier, immobilier). Ces clefs de lecture complètent et peuvent même s’opposer à l’entrée par les « classes sociales » comme principal repère analytique et outil conceptuel ou politique dans la lutte contre les injustices en complexifiant l’analyse des processus à l’œuvre. Dans un monde en changement, l’accumulation d’un capital solide ne renvoie plus forcément à une notion de sécurité et d’investissement. Au contraire, la liquidité entraîne une hétérogénéité au sein même d’un groupe d’individus partageant des caractéristiques communes, comme on l’observe avec différentes configurations individuelles et sociales quant aux arrangements des modes de vie (ex. Kaufmann et Ravalet, 2019 ; Lord et al., 2015).

Cette perspective appelle à remettre en perspective, voire dépasser, les notions d’inclusion et d’exclusion. En effet, l’exclusion peut être relative, partielle ou multiple, selon les rôles et les statuts. La perspective des changements et des trajectoires montre en outre que l’exclusion peut être temporaire et réversible.

Axe thématique 2 : Prendre place dans les changements des milieux de vie

L’axe 2 inclut plusieurs dimensions à la fois stables et changeantes qui se rapportent à l’environnement spatial. La personne tout comme les territoires évolue. La morphologie des milieux de vie (bâtiments, formes urbaines) est d’une grande permanence, alors que les populations se transforment beaucoup plus rapidement. Or, les configurations fonctionnelles (services, ressources, etc.) sont beaucoup plus flexibles et évolutives, relevant à la fois du domaine privé, communautaire ou public, tout en étant tributaires de l’économie et de la démographie. Les changements des milieux de vie peuvent enfin être politiques, par exemple sur les modalités de représentation citoyenne ou par l’implantation de programmes favorables aux vieillissements comme les programmes de type Ville amies des aîné-e-s (VADA). Ainsi, ces dimensions de changements des milieux de vie amènent des configurations plus et moins favorables aux trajectoires de vieillissements. 

Comment s’articulent ces changements du point de vue des territoires ? Des difficultés à saisir le caractère en mouvement des milieux de vie viennent-elles poser des obstacles supplémentaires à la mise en place d’interventions comme celles des VADA ? 

Des propositions de communication capables de rendre compte du caractère dynamique des milieux de vie sont attendues. Dans notre questionnement, le concept de quartier ressort comme une notion privilégiée pour interroger l’évolution des liens et des solidarités (personnes, voisins, habitants, citoyens, etc.). Or, plusieurs recherches comme celles de Golant (2003, 2014) ou de Nowick et Thalineau (2014) mettent en avant le caractère positif, mais relatif, du vieillissement chez soi. D’aucuns proposeront aussi une « romantisation » du domicile dans le discours du vieillissement sur place (aging in place). Une personne aînée, aspirant à vieillir sur place pour conserver les dimensions de son chez-soi, en continuité et stabilité, sera inévitablement appelée à transformer une bonne partie de son mode de vie, la mobilité, les contacts sociaux et les temporalités, sont entre autres l’objet d’importantes adaptations (Lord et Luxembourg, 2005 ; Lord, 2012 ; Després 2021). 

Dans ces changements, souvent inconscients et implicites, quelles sont les tactiques, les stratégies et les leviers d’adaptation les plus sensibles ? À quoi faut-il renoncer ou sur quoi miser pour conserver son chez-soi et qu’en reste-t-il après tous ces changements ? 

Les trajectoires prises avec la décision de « rester » ou de « partir » du domicile peuvent ainsi changer dans plusieurs directions et prendre plusieurs années à se développer, alors que, pour d’autres, l’adaptation est plus rapide. 

Quelles réponses donner à ces différentes trajectoires selon différents acteurs et territoires ? Comment éviter les visions « nostalgiques » pouvant influencer les interventions dans les milieux de vie ? Comment soutenir « l’aidé » comme « l’aidant » dans des conditions d’adaptation en mouvement (opérationnelles, financières, psychologiques ou relationnelles) ? Quelles sont les promesses des milieux de vie conçus comme adaptatifs et évolutifs ?

Axe thématique 3 : Engager les acteurs dans les transformations sociales et spatiales

L’axe 3 porte sur la place des personnes aînées dans les réponses aux changements non seulement qu’elles expérimentent, mais aussi qu’elles peuvent provoquer. 

Considérant l’attention privilégiée donnée actuellement aux approches de recherche et d’intervention participatives visant l’inclusion et mobilisant le pouvoir d’agir des personnes, comment mieux engager les personnes aînées tout comme leurs réseaux sociaux, et ce, sans renforcer les processus de normation ou une instrumentalisation de la participation ? Quelles méthodes ou quels outils choisir dans la constellation d’approches disponibles ? 

Si la participation peut permettre aux personnes de voir actualisés leurs droits politiques, elle nous invite à penser à la volonté et à la capacité des personnes aînées de jouer un rôle actif, voire contestataire, dans l’évolution de leurs parcours. L’inclusion sociale relève d’un processus complexe qui reconnaît les possibilités et la diversité dans les modes individuels et collectifs de participation. La difficulté est alors le positionnement de chacun dans des rôles et des statuts différenciés. L’intervention sur les territoires par le biais d’associations, le développement d’outils de diagnostic territoriaux, l’accompagnement ou le support des pairs dans le soutien à domicile ou dans les déplacements sur le territoire sont des objets de participation valorisés scientifiquement, socialement et professionnellement.

Pendre part à l’action et au changement des milieux de vie ne peut s’opérer sans la reconnaissance et la redistribution des ressources concrètes et symboliques, ni sans la prise en considération des droits et des pouvoirs.

Nous attendons des contributions critiques qui permettent d’approcher la place souhaitée ou occupée par les personnes aînées dans ces dispositifs participatifs, collaboratifs, créatifs ou autres, tout comme les retombées de leur implication dans l’action citoyenne, communautaire et politique dans les milieux de vie concernés avec notamment la production ou l’adaptation de logements et d’habitats, de lieux d’usages collectifs intergénérationnels et d’espaces publics inclusifs.

Plusieurs enjeux concernent alors les façons de donner accès aux pouvoirs et aux ressources (revenus, transferts gouvernementaux, soins et services publics, communautaires et privés, etc.) aux personnes aînées pour qu’elles puissent participer véritablement aux décisions et interventions dans leurs milieux de vie. Les domaines de participation possibles sont très diversifiés et souvent fractionnés de manière disciplinaire ou administrative et selon plusieurs échelles spatiales. L’essor des interventions VADA, au Québec comme dans la francophonie et sur la scène internationale, montre bien la complexité d’agir ensemble pour le mieux-être des personnes aînées, une société plus inclusive et pour un vivre ensemble. Plusieurs domaines d’action sont concernés par l’invisibilité de profils ou de groupes de personnes aînées sur le territoire.

Entre autres, et de manière non limitative, nous attirons l’attention sur les contextes et les processus menant à la maltraitance des personnes aînées et de leurs proches et sur l’élaboration des politiques publiques et des programmes d’intervention au sein des milieux de vie ou sur la fin de vie. 

La place des personnes aînées dans les prises de décisions quant à la gestion et à l’aménagement des territoires est également un objet d’intérêt important, tout particulièrement avec des contextes d’instabilité et des temps courts dans les processus de gestion territoriale. 

L’évolution, l’adaptation et la création de projets immobiliers innovants et d’une offre de formules résidentielles ou de transport adaptée, tout comme les modalités de leur gestion par différents types d’acteurs constituent enfin d’autres questions que nous désirons explorer.

Publics invités et contributions souhaitées 

Le 7e Colloque international du RÉIACTIS à Montréal se veut un lieu de rencontres de différents types de savoirs et d’actions sur les vieillissements. D’un côté, nous attendons des contributions de chercheurs scientifiques issus des groupes et des réseaux de recherche du monde de la recherche (universitaire, académique ou extra académique). Des propositions émanant de la relève scientifique sont pareillement et fortement encouragées. D’un autre côté, le comité d’organisation du Colloque souhaite également interpeller l’écosystème de l’intervention (professionnel, associatif, communautaire) auprès des personnes aînées, tout comme sur les territoires qu’elles habitent, les espaces et organisations où elles participent, les services qu’elles consomment ou demandent et sur les soins et programmes qui leur sont destinés. Cette invitation inclut les intervenants associatifs ou communautaires ou toute organisation œuvrant dans l’innovation et l’intervention sociale, communautaire et territoriale. Enfin, les communications provenant d’organisations, institutions ou autres regroupements (alimentation, santé, architecture, urbanisme, aménagement, transport, autres), y compris des bureaux ou agences de création et de design (objets, mobiliers, logements, bâtiments, espaces publics) pour lesquels les vieillissements sont un enjeu de réflexions ou d’actions sont aussi vivement attendues.

Les propositions de communication sont à déposer sur le site du 7e Colloque international RÉIACTIS entre le 30 août et le 10 octobre 2023. Les propositions attendues seront issues :

1) Domaine scientifique

  • Communication individuelle (5 000 maximum, signes espaces compris).
  • Symposium (5 000 signes maximum, espaces compris) avec les résumés de tous les intervenants (3 000 signes maximum, espaces compris).
  • Affiche (poster) (projet scientifique, résultats définitifs ou provisoires de recherche, présentation de méthodes, etc.) (5 000 signes maximum, espaces compris).

2) Domaine de l’intervention

  • Table ronde (3 à 5 intervenants maximum) (6 000 signes maximum, espaces compris). Une table ronde est une rencontre proposée par un porteur sur une thématique donnée réunissant des chercheurs et non chercheurs.
  • Présentation d’un projet, d’une étude ou d’une initiative du milieu (5 000 maximum, signes espaces compris).
  • Affiche (projets professionnels, associatifs, communautaires, autres) (5 000 signes maximum, espaces compris).

Dates à retenir 

Soumission des propositions :    30 Août au 1er novembre 2023
Évaluation des communications Octobre à novembre 2023
Retour aux auteurs :   À partir de novembre 2023
Préprogramme :Janvier 2024
Programme final : Mars 2024
Colloque à Montréal :     5 au 7 juin 2024

Pour information, merci de nous contacter à : montreal2024@reiactis.net

Références

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